Goma (RDC) — Dans une région où les crises humanitaires se succèdent sans relâche, une question persiste : comment sortir d’un système d’assistance souvent perçu comme réactif, fragmenté et dépendant de l’extérieur ?
Mardi 19 mai, à Goma, une partie de la réponse s’est dessinée avec le lancement d’un programme ambitieux de trois ans visant à renverser les logiques classiques de l’aide humanitaire. Son principe est simple, mais transformateur : placer les acteurs locaux au cœur de la réponse.
Porté par l’ONG allemande WHH et financé par le Ministère fédéral allemand de la Coopération économique et du Développement (BMZ), le projet — déjà lancé à Kinshasa le 24 avril — cible les territoires de Lubero (Nord-Kivu) et Mahagi/Djugu (Ituri), parmi les plus affectés par les conflits et les déplacements de population.
Au-delà de l’urgence, reconstruire les capacités
Loin de se limiter à une assistance immédiate, le programme ambitionne de s’attaquer aux causes structurelles de la vulnérabilité. Il repose sur cinq axes : renforcer la sécurité alimentaire, améliorer l’accès à l’eau et à l’assainissement, soutenir les revenus — notamment des femmes —, consolider la cohésion sociale, et surtout, réorganiser la coordination entre les ONG congolaises.
Ce dernier point marque un tournant.
Dans un paysage humanitaire dominé par les acteurs internationaux, la fragmentation des initiatives locales reste un défi majeur. En réponse, le projet prévoit d’accompagner 100 organisations congolaises et de former 400 acteurs locaux, à travers des formations certifiées, des diagnostics organisationnels et la création de communautés de pratique.
Un changement de paradigme assumé
Au cœur des discussions à Goma, un constat partagé : malgré des années d’intervention internationale, les crises persistent — mais les communautés, elles, continuent de s’adapter.
« Il ne s’agit plus seulement d’aider, mais de transférer le pouvoir d’agir », résume un participant.
Le programme s’inscrit ainsi dans une dynamique plus large de localisation de l’aide, qui vise à redéfinir les équilibres entre acteurs internationaux et locaux. Une ambition qui reste, jusqu’ici, inégalement concrétisée sur le terrain.
CONAFOHD, levier stratégique de coordination locale
Dans ce dispositif, la CONAFOHD jouera un rôle clé : celui de renforcer les capacités et la coordination des ONG nationales, particulièrement au Nord et au Sud-Kivu.
L’enjeu est de taille. Au-delà des formations, il s’agit de structurer un véritable écosystème local capable de dialoguer, de se coordonner et de peser dans les décisions humanitaires.
Des outils concrets ont été évoqués, comme la mise en place d’un groupe de coordination numérique et d’une plateforme de suivi des organisations — autant d’initiatives destinées à renforcer la cohérence de l’action locale.
Un test pour la localisation de l’aide en RDC
Alors que la communauté humanitaire internationale multiplie les engagements en faveur du leadership local, ce programme pourrait servir de test grandeur nature.
Sa réussite dépendra d’un facteur clé : la capacité à transformer les intentions en changements durables sur le terrain.
Dans l’Est de la RDC, où l’urgence tend à dicter le tempo, le pari est audacieux : investir dans le long terme, faire confiance aux acteurs locaux, et miser sur leur capacité à reconstruire, eux-mêmes, les bases de leur résilience.
Un pari qui, s’il est tenu, pourrait redéfinir les contours de l’action humanitaire dans le pays.

