Urgence humanitaire au Nord-Kivu : Entre tracasseries administratives et insécurité, les acteurs locaux du FONAHD se mobilisent

·

·

,

Face à la dégradation continue de la situation sécuritaire et aux contraintes opérationnelles majeures dans la province du Nord-Kivu, les acteurs humanitaires locaux serrent les rangs. Réunis le lundi 13 juillet 2026, 43 représentants d’organisations membres du Forum des Organisations Nationales Humanitaires et de Développement (FONAHD) ont dressé un état des lieux sans concession du terrain et défini les priorités pour garantir l’aide aux populations vulnérables.

Un accès humanitaire sous haute tension : Pillage, taxe illégale et parcours du combattant

Sur le terrain, la délivrance de l’assistance humanitaire relève désormais du défi quotidien. Le bilan dressé par les participants met en lumière des axes routiers asphyxiés par la violence et la bureaucratie :

  • Axe Goma – Kanyabayonga : Théâtre récurrent de pillages et d’assassinats, cet itinéraire devient de plus en plus impraticable, bloquant net le déploiement des activités d’urgence.
  • Axe Goma – Masisi – Walikale : Outre l’insécurité, les humanitaires subissent des tracasseries financières systématiques. Tous les kilomètres, des paiements forcés d’au moins 10 000 FC sont exigés sans aucun égard pour le statut désintéressé des ONG.
  • Le casse-tête des Ordres de Mission (OdM) : Accéder à Walikale impose un véritable parcours du combattant. L’obligation d’obtenir un ordre de mission visé à Beni — sous peine d’arrestation sur le terrain — ralentit considérablement les interventions. À cela s’ajoute la rigidité des autorités à Goma, qui refusent désormais toute validation d’OdM dépassant une durée d’un mois.

Sur la question des contrôles des assurances véhicules à Goma, bien que la flotte humanitaire soit pour l’instant épargnée, plusieurs organisations ont pris les devants en souscrivant préventivement des assurances internationales à Kigali pour éviter tout blocage.

Renforcement des capacités et plaidoyer : Reprendre l’initiative

Face à ces contraintes, les membres du FONAHD appellent à une action collective forte. Le forum prend la main sur l’évaluation précise des besoins pour proposer des modules de formation adaptés aux réalités du terrain.

À l’issue des échanges, une série de recommandations stratégiques a été formulée à l’attention du FONAHD et de la CONAFOHD :

  • Accès aux financements et clusters : Mener un plaidoyer ferme pour l’évaluation des ONG locales en vue de leur éligibilité au Fonds Humanitaire (FH), et accélérer leur intégration dans les mailing-lists des clusters (avec une démarche spécifique auprès du cluster SECAL pour pallier les lourdeurs d’adhésion).
  • Négociation de l’espace humanitaire : Intensifier le plaidoyer auprès des autorités de facto concernant la flexibilité et la validation des ordres de mission.
  • Montee en compétences : Multiplier les sessions de formation technique au profit des structures nationales.

Restructuration interne : Cap sur la redynamisation des commissions thématiques

Pour porter efficacement ces combats, le FONAHD amorce une réorganisation interne urgente. L’accent est mis sur la relance de ses commissions thématiques :

  1. Genre (Lead : EFIM)
  2. Protection et Paix (Lead : FDAPID)

Bien que fonctionnelles, ces deux commissions nécessitent l’élection prochaine de co-leads pour renforcer leur ancrage. Pour les autres commissions actuellement en veille, des élections générales (leads et co-leads) seront organisées dans les prochains jours. Les organisations membres sont d’ores et déjà invitées à poser leurs candidatures.