À Bukavu, dans la province du Sud-Kivu, les incendies à répétition plongent des milliers de familles dans une situation humanitaire préoccupante. Des femmes enceintes, des enfants, des personnes âgées et d’autres personnes vulnérables se retrouvent sans logement et passent leurs nuits à la belle étoile. Face à cette situation, le CONAFOHD annonce des démarches de plaidoyer auprès des agences des Nations unies et des bailleurs de fonds pour mobiliser une assistance holistique en faveur des victimes.
Dans plusieurs quartiers de la ville, les traces laissées par les flammes témoignent encore de l’ampleur des dégâts. Des maisons, des commerces, des écoles et d’autres infrastructures ont été détruits ou endommagés au cours des dernières semaines.
Selon des estimations recueillies auprès de sources locales, plus de 3 500 familles seraient aujourd’hui sans abri à la suite des récents incendies.
À Cimpunda et Panzi, une population meurtrie
À Cimpunda et à Panzi, respectivement dans les communes de Kadutu et d’Ibanda, la situation est particulièrement préoccupante. Les familles rencontrées vivent dans des conditions difficiles. Certaines ont tout perdu : habitation, vêtements, biens personnels et moyens de subsistance.
La journée, les sinistrés sont exposés à un soleil accablant. La nuit, beaucoup cherchent un endroit où s’abriter, tandis que d’autres dorment à même le sol ou à l’extérieur, avec très peu de moyens pour se protéger contre les intempéries.
Sur les visages des victimes, la tristesse et le désespoir sont perceptibles. Au-delà des pertes matérielles, plusieurs familles doivent également faire face au traumatisme lié à la perte d’un proche.
Une femme rencontrée sur place témoigne avoir perdu son enfant dans l’un des incendies.
« J’ai perdu mon enfant dans cet incendie. J’ai également tout perdu. Me voici aujourd’hui à passer la nuit à la belle étoile. Mon mari est en voyage. C’est une souffrance que je ne saurais pas exprimer », raconte-t-elle, encore bouleversée.
Derrière chaque maison détruite se trouve ainsi une histoire familiale, des biens accumulés pendant plusieurs années et, dans certains cas, des vies humaines perdues.
Le drame du 10 septembre
Le 10 septembre dernier, un incendie particulièrement meurtrier a frappé le quartier Cimpunda. Le feu, qui aurait commencé dans une habitation avant de se propager aux alentours, a notamment atteint les écoles Ujamaa et Furaha.
Les premières informations faisaient état d’une vingtaine de morts. Le bilan a ensuite été établi à 27 décès, selon les autorités locales citées par Radio Okapi.
Les 27 victimes ont été inhumées le 14 septembre au cimetière de la Ruzizi. La société civile a depuis appelé à une prise en charge psychologique des familles endeuillées, soulignant que l’impact de cette tragédie dépasse largement les seules pertes matérielles.
Cette tragédie est intervenue alors que Bukavu faisait déjà face à une succession d’incendies. Des centaines d’habitations, des écoles, une église et plusieurs commerces ont été touchés ou détruits dans différents quartiers de la ville au cours des dernières semaines.
Une série d’incendies qui inquiète
Le phénomène ne se limite pas à Cimpunda. Des incendies ont également été signalés dans plusieurs quartiers de Bukavu, notamment à Panzi, Karisimbi, Mushununu, Nyaruzimya … Certains sinistres ont détruit plusieurs dizaines de maisons.
Cette répétition des incendies inquiète fortement les habitants, particulièrement dans les quartiers densément peuplés où les habitations sont souvent très rapprochées. Lorsqu’un feu se déclare, les flammes peuvent rapidement atteindre les constructions voisines, compliquant l’intervention et l’évacuation des habitants.
Pour plusieurs incendies, les causes restent encore indéterminées. Dans le cas de Cimpunda, l’origine du feu n’était pas clairement établie au moment des premières investigations. Les hypothèses évoquant une origine criminelle doivent donc être considérées avec prudence, en attendant les conclusions des enquêtes.
Une urgence humanitaire qui dépasse les pertes matérielles
Pour les familles sinistrées, l’urgence est désormais de trouver un toit, de la nourriture, des vêtements et des articles essentiels. La situation est encore plus préoccupante pour les enfants, les femmes enceintes, les personnes âgées et les familles ayant perdu leurs principaux moyens de subsistance.
Mais au-delà des besoins matériels, les victimes doivent également faire face aux conséquences psychologiques des drames vécus. La perte d’un proche, la destruction du logement et des biens accumulés pendant des années peuvent laisser des séquelles importantes.
C’est dans ce contexte que le Conseil national de Fora des ONG humanitaire et de développement (CONAFOHD) dit suivre de près la situation des familles touchées.
Pour le Dr De-Joseph Kakisingi, coordonnateur du CONAFOHD, la situation est particulièrement préoccupante et appelle à une mobilisation plus large des acteurs humanitaires.
« C’est vraiment triste, ce qui frappe la ville de Bukavu. Et ce n’est pas seulement la ville de Bukavu. Même à Goma et à Kinshasa, les choses deviennent de plus en plus compliquées. Les victimes ont besoin d’une prise en charge holistique, parce qu’elles ont tout perdu et restent avec des séquelles. D’où l’urgence également d’une prise en charge psychologique », explique le Dr De-Joseph Kakisingi.
Le coordonnateur du CONAFOHD annonce par ailleurs que le consortium entend porter la situation des victimes auprès des partenaires humanitaires et financiers.
« Nous allons frapper à la porte des agences des Nations unies et des bailleurs de fonds pour voir si ces derniers vont faire un geste afin de soulager la souffrance de ces victimes », ajoute-t-il.
Le CONAFOHD mise sur le plaidoyer
Face à l’ampleur des besoins, le CONAFOHD indique ainsi vouloir mener, à son niveau, un plaidoyer auprès des agences des Nations unies, des bailleurs de fonds et d’autres partenaires afin de favoriser une réponse adaptée à la situation des familles sinistrées.
L’objectif est de promouvoir une assistance holistique, qui ne se limite pas à l’aide d’urgence. Celle-ci devrait notamment prendre en compte les besoins en abris, alimentation, vêtements, articles ménagers essentiels, soins de santé, soutien psychosocial et protection des personnes les plus vulnérables.
La question de la reconstruction des moyens de subsistance constitue également un enjeu important pour les familles qui ont perdu leurs biens et leurs activités économiques dans les incendies.
Pour le CONAFOHD, la réponse devra également tenir compte de la dimension psychologique de ces catastrophes. Les familles qui ont perdu des proches ou qui ont été témoins de scènes traumatisantes ont besoin d’un accompagnement permettant de faire face aux conséquences de ces événements.

